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ActuMédias Outre-Mer

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(suite) Polynésie : Vers la privatisation de TNS ?

Publié le 23 Juin 2010 par GdX in Satellite

Entretien - Jean-Paul Barral, ancien PCA de l'OPT


À partir de quand Canal + s’est intéressé à la Polynésie ?

“Canal Overseas s’est intéressé à la Polynésie autour des années 1990. Ils avaient leur enseigne Canal +. C’était Canal Polynésie. Mais ils se sont rendus compte que pour eux, ce n’était pas assez profitable, ils ont donc demandé à TNS de racheter la marque en 2004. TNS a commercialisé le produit Canal + Polynésie et a payé 200 millions pour acheter la clientèle. Depuis, TNS commercialise les produits de Canal +, devenu entre-temps Canal Overseas. TNS paye chaque année une somme de l’ordre de 400 millions par an, la redevance à Canal + pour diffuser ses programmes. À partir de 2007, Canal + a souhaité revenir sur la Polynésie. Ils ont quasiment le monopole dans tous les départements et territoires d’Outre-mer, il n’y avait qu’en Polynésie où ils s’étaient retirés et ils souhaitaient y revenir. Depuis, ils veulent mettre en place une société commune TNS/Canal Overseas.”

 

Que proposait Canal + ?

“Canal + a fait des offres pour créer cette filiale commune mais la chambre territoriale des comptes, l’audit de l’OPT, avait soulevé le problème que l’OPT qui est un Epic (établissement public à caractère industriel et commercial), ne pouvait pas avoir de filiale. Ça reposait donc sur le problème de toutes les filiales de l’OPT, dont TNS. J’ai répondu à Canal Overseas, après les avoir rencontrés à Paris, qu’il nous paraissait difficile de statuer tout de suite sur la création d’une filiale commune TNS/Canal Overseas étant donné qu’au niveau de l’OPT, on n’était même pas sûr que TNS pouvait être une filiale de l’OPT. J’ai demandé au haut-conseil, les juristes de la présidence, de nous donner leur analyse, pour être sûr que la création d’une filiale TNS/Canal Overseas était bien légale.”

 

Qu’ont-ils répondu ?

Je ne sais pas parce qu’entre-temps, j’ai été viré.

 

Que pensait le conseil d’administration de l’OPT à l’époque ?

Du temps où j’étais PCA, sur le principe, le conseil d’administration n’était pas opposé à la mise en place d’une filiale TNS/Canal Overseas, pour peu que le haut-conseil valide cette constitution sur le plan juridique. Mais nous souhaitions limiter cette coopération sur les produits Canal + et commercialiser l’ensemble des produits Canal +. Car TNS a par ailleurs d’autres clients et d’autres prestataires. Nous avions au moins onze clients qui nous permettaient d’alimenter le bouquet TNS. Nous étions sur cette perspective. On avait la crainte que Canal Overseas souhaite revenir en Polynésie pour phagocyter complètement TNS. Qu’ils s’introduisent par l’intermédiaire de cette filiale et bouffent l’ensemble du dispositif de TNS.

 

Comme en Nouvelle-Calédonie où ils ont le monopole.

Exactement. Dans tous les départements et territoires d’Outre-mer, ils ont réussi à éliminer complètement toute autre concurrence. Ils ont le monopole. Et c’est ce qui nous faisait réfléchir.

 

Que proposaient-ils exactement ?

Canal Overseas proposait la création d’une filiale avec la possibilité que tout TNS soit à l’intérieur de cette filiale, donc que TNS ne puisse pas avoir d’autres contrats avec d’autres prestataires. C’était ça leur arrière pensée. De telle sorte que Canal Overseas soit en situation de monopole sur la Polynésie. Comme ils le sont dans d’autres départements et territoires d’Outre-mer. Nous avons dit que c’était un danger potentiel pour l’autonomie de l’OPT. Nous n’étions pas vraiment favorables à nous laisser bouffer.

 

À l’époque Canal Overseas proposait quoi pour la filiale ?

Ils proposaient la création d’une filiale où ils apporteraient leur part. C’était 50/50 avec la possibilité pour nous de nommer le directeur de la filiale commune mais ils contrôlaient l’ensemble de tous les dispositifs, donc tout le staff technique, administratif, etc., étaient chez eux. On perdait toute possibilité d’action sur le long terme à l’intérieur de cette filiale.

 

Ce qui revenait à privatiser un bout de l’OPT ?

Voilà. C’est ce que nous avions analysé.

 

Les politiques en place actuellement y sont favorables selon vous ?

C’était notre sentiment à l’époque, à moi, au ministre Jacqui Drollet et au conseil d’administration. Maintenant, ça a sans doute évolué. La privatisation semble être un des grands chevaux de bataille du ministre actuel. Est-ce que Canal + a baissé pavillon, est-ce que leurs propositions ont changé… Etc.

 

Propos recueillis par LR

 

Source : lesnouvelles.pf

 

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